COMMENT ÇA MARCHE?

Guy Fracheboud aime à rappeler combien il est agréable de se promener en appréciant l’ensemble: le mouvement, la respiration et les vignobles de Lavaux. Élargir le périmètre de la balade augmente la satisfaction de se sentir plein de vitalité.

MaryLis Schindelholz: Les bâtons de trekking ressemblent à ceux de ski alpin tandis que les bâtons de Nordic Walking sont pourvus d’embouts en caoutchouc et de gantelets…
Guy Fracheboud: La distinction entre ces deux pratiques sportives vient essentiellement des bâtons qui ne sont pas les mêmes et sont utilisés différemment. Ceux du randonneur servent principalement à maintenir l’équilibre, à prendre appui dans une pente et à éviter de glisser en descente. En marche nordique, le mouvement naturel de balancer les bras est amplifié grâce à l’utilisation de bâtons spécifiques, ce qui mobilise une plus grande partie du corps. Les bâtons servent de propulseurs et font travailler le haut du corps. Les bras sont asymétriques, excepté pour faciliter la montée où ils sont parallèles: cette technique du «double bâton» donne la sensation de disposer de la sécurité d’un 4×4.

BON POUR LE MORAL

Depuis août 2016, les sorties s’enchainent sans anicroches. En pédagogue éclairé, Guy Fracheboud sait amener progressivement un élément technique après l’autre. Sans avoir d’expérience préalable, le mieux est d’écouter l’avis du coach avant d’acquérir le matériel: s’équiper de bâtons munis de gantelets, être bien dans ses baskets, avoir une gourde et un imperméable à portée de main. Pratiquer le Nordic Walking ne coûte plus rien une fois que l’on est équipé. Grâce aux conseils du moniteur sur le terrain et en s’observant sur la vidéo nous corrigeons les gestes et constatons les acquis. Ce n’est pas une école de champions! Nous nous contentons de petits parcours au début pour peaufiner notre style. Le regard bienveillant d’un coéquipier est parfois utile pour s’améliorer et assurer la sécurité du groupe. Dernier point positif: nous gardons la forme en nous exposant à la contamination de la bonne humeur. Le rire est lui aussi contagieux!

RESTER DANS LA COURSE

MaryLis Schindelholz: Est-ce vrai que les résultats se font vite sentir pour un senior qui marche une heure et demie par semaine?
Guy Fracheboud: Quand on bouge, on renforce les fonctions respiratoires et cardiaques ainsi que son endurance à l’effort. Un entraînement régulier peut rapidement déboucher sur des progrès. Les participants ont pu le constater eux-mêmes après quelques semaines de cours.

MaryLis Schindelholz: Les mains sont perpétuellement sollicitées pour lâcher et reprendre les bâtons…
Guy Fracheboud: En effet, les mains sont fermées au moment où elles posent les bâtons au sol et sont ouvertes lors de la poussée.

Une émulation de groupe positive s’est mise en place au fil de cette expérience hebdomadaire partagée dans la nature. Cinq dames conquises témoignent.

BOUGER POUR LE CORPS
Esther: Quand mon mari Roland a pris sa retraite, j’ai démissionné de la fonction bénévole que j’occupais dans une association. Notre première envie fut de bouger. J’ai commencé la marche nordique en ayant mal au genou et au dos; les douleurs musculaires ont disparu en me promenant régulièrement.

APPRENDRE POUR PROGRESSER
Marlyse: Avant ma retraite, je préférais me promener seule plutôt qu’en groupe pour me ressourcer. Je désirais apprendre à maîtriser les bâtons car je n’avais jamais pratiqué la marche nordique avant le cours organisé par Pro Senectute. J’ai bien apprécié l’approche de M. Fracheboud et je me suis sentie à l’aise dès le début. Au vu du plaisir que m’apporte cette sortie hebdomadaire, je me suis inscrite pour toute l’année 2017.

BOUGER POUR LA SANTÉ

ÊTRE EN AGRÉABLE COMPAGNIE
Gisèle: Je ne sors pas me promener seule avec les bâtons. Tandis qu’avec les autres retraités, j’aime marcher à un rythme plus soutenu en faisant correctement les mouvements.

BOUGER POUR LES OREILLES
MaryLis: Le cadre et l’encadrement est idéal pour allonger le pas et les mouvements des bras. J’y ai gagné en stabilité physique. La vidéo m’a montré que je ramène correctement le bâton en avant en le soulevant. Le médecin ORL m’encourage à continuer la marche nordique pour stimuler l’audition et la compréhension de la parole.

LE MONITEUR

Guy Fracheboud n’est pas seulement un sportif accompli au corps athlétique et élancé, il a l’étoffe d’un organisateur. Il a la bougeotte. Il avance de projet en projet. Cet habitant de St-Légier a envie de transmettre sa passion pour l’exercice physique dans sa région: la Riviera vaudoise. Au seuil de sa retraite, il envisage de consacrer davantage de temps à sa vie sociale qui fera rayonner ses valeurs: «Vivre au présent en étant satisfait de marcher sans objectif de performance.»

Une évidence pour la crème des coachs sportifs: «Si on aime une activité, on la transmet. On anime le groupe tout en motivant les personnes de manière personnalisée!» glisse malicieusement Guy Fracheboud qui reconnaît aussi être un solitaire assumé. Cet homme au visage souriant est surtout un moniteur sensible aux progrès des huit dames et cinq messieurs qui marchent avec lui.

Escaliers des vignes en Lavaux

Elisabeth: Sur les conseils de Guy Fracheboud, j’ai acheté des bâtons plus courts. Il m’a appris à pratiquer correctement les gestes de Nordic Walking.

Cette activité sportive douce contribue à stabiliser l’hypertension. Mon rendez-vous hebdomadaire avec les autres me pousse dehors. Autant d’avantages qui ont eu raison de mes hésitations de marcher en groupe.

SPORTIVEMENT VÔTRE…

MaryLis Schindelholz: L’objectif n’est pas de battre des records: la constance est-elle la clé du succès?
Guy Fracheboud: L’apport principal de la marche nordique est son effet bénéfique sur la santé, sur le corps et l’esprit. Les bâtons font travailler presque tous les muscles et amènent en plus un sentiment de sécurité.

MaryLis Schindelholz: Un bon tuyau: vous encouragez les discussions entre deux marcheurs pour éviter d’être attiré par le courant…
Guy Fracheboud: Marcher en parlant à un
coéquipier permet de ne pas se laisser

« entraîner » par le groupe de tête et d’assurer un rythme raisonnable pour soi. Afin de ne pas mettre le corps à rude épreuve, chacun prend la liberté de ralentir le pas ou de s’arrêter si nécessaire.

MaryLis Schindelholz: Sur le terrain, vous incarnez la force tranquille…
Guy Fracheboud: Plus j’écoute les uns et les autres, plus je découvre leur envie de se maintenir en forme en marchant avec d’autres personnes. Avec les années, les seniors en particulier doivent adapter leur cadence, notamment dans la montée d’un escalier.

TOUT S’ENTRAÎNE

Guy Fracheboud expérimente depuis longtemps le Nordic Walking, il s’informe et se perfectionne. «Un cours d’initiation est fortement recommandé pour acquérir la technique et bénéficier des bienfaits. Loin d’être une simple marche, le va-et- vient des épaules est amplifié quand les bâtons de Nordic Walking sont employés correctement. Le lâcher puis la reprise des poignées est possible grâce aux gantelets spéciaux rattachés aux bâtons.» En toute décontraction, le moniteur s’adresse au groupe et s’entretient individuellement avec chacun. Son enthousiasme est clairement perceptible: «La marche nordique est accessible à tous, des plus jeunes aux plus anciens et même aux personnes convalescentes si celles-ci sont intégrées dans un groupe de Slow Nordic Walking. Quelle que soit la condition physique, ce sport doux a plusieurs vertus:

  • Il renforce les fonctions respiratoires et cardiaques: en raison d’une meilleure oxygénation le cerveau est mieux irrigué et les capacités cérébrales augmentées.
  • Il soulage les genoux et le dos, contrairement au footing ou au jogging plus traumatisants.
  • Il fait travailler 80% des muscles.
  • Il facilite la perte de poids grâce à la dépense en calories deux fois plus élevée que dans la marche normale ou le footing.»

Fort de son expérience, Guy Fracheboud se met au service des seniors via www.vd.prosenectute.ch/cours- formation/nouveau-lavaux-riviera-nordic- walking.html. Son charisme omniprésent lui donne la pêche… notamment dans son engagement en faveur des retraités: «Je me sens bien de proposer mes services, il n’y a aucune noblesse au bénévolat.» Interrogé sur ses objectifs, Guy Fracheboud demeure modeste: «Chacun peut rapidement prendre du plaisir en apprenant la technique du Nordic Walking. Pas de panique, donc: on ne risque pas de dépasser ses forces. Être à bout de souffle, c’est la hantise de certains dès que je leur propose une montée. Cette crainte s’estompe rapidement en s’appuyant parallèlement sur les deux bâtons, en adaptant la vitesse à la dénivellation et en reprenant confiance en ses possibilités physiques.»

 
Texte: MaryLis Schindelholz
Photos: François Berger